Un coût économique de la pollution atmosphérique à réévaluer
Une baisse insuffisante des particules fines
Entre 2005 et 2024, les émissions d'oxydes d'azote ont diminué de 60 % et celles de particules fines de 54 % en France. Ces progrès sont réels, et insuffisants pour atteindre les seuils sanitaires recommandés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Ceux-ci sont bien plus stricts que les valeurs limites européennes.
En 2024, la concentration journalière en particules fines a dépassé les recommandations de l'OMS pendant plus de 30 jours dans près de la moitié des stations de mesure françaises. Ces dépassements concernent principalement les grandes agglomérations, en hiver lors des épisodes de chauffage résidentiel et en été avec les pics d'ozone.
Un coût économique qui dépasse largement les dépenses de santé
Les effets sanitaires de la pollution atmosphérique ont un coût économique considérable. Selon Santé publique France, l’effet de la pollution de l'air sur la morbidité représentait entre 2016 et 2019 un coût économique annuel de l'ordre de 12,9 milliards d’euros pour les émissions de PM2,5 et 3,8 milliards pour celles de NO2.
La pollution altère aussi les capacités des travailleurs
Des travaux de recherche récents montrent que la pollution de l'air réduit directement la productivité des travailleurs. Elle altère les capacités physiques, endurance et fatigue, dans des secteurs comme l'agriculture ou l'industrie. Elle dégrade aussi les capacités cognitives dans des métiers à dominante intellectuelle : finance, centres d'appels, arbitrage sportif. Elle augmente également le risque d'accidents du travail.
Des effets à long terme sur l'éducation et l'innovation
La pollution de l'air affecte aussi la productivité future. Passer un examen un jour de forte pollution aux particules fines diminuerait la note de 0,9 point sur 100. L'exposition durant la grossesse ou la petite enfance pourrait avoir des effets durables sur le développement cognitif et les trajectoires éducatives, voire se transmettre à la génération suivante.
Une étude à l'échelle européenne suggère par ailleurs une baisse du nombre de brevets de 7,2 % l'année suivant un choc de pollution, affectant ainsi l'innovation et la productivité future.
En documentant des effets jusqu'ici peu intégrés dans les évaluations tels que la productivité, le capital humain ou encore l’innovation, la note « Pollution de l'air : au-delà des effets sanitaires, des répercussions économiques importantes » de la Direction générale du Trésor montre que le coût économique de la pollution dépasse largement les seuls indicateurs sanitaires habituels.