Développer le bois énergie tout en préservant le puits forestier
Le rôle des forêts face au changement climatique
En absorbant du CO2 grâce à la photosynthèse, les forêts jouent trois rôles essentiels dans la lutte contre le changement climatique :
- un rôle de réservoir : elles stockent le carbone dans les arbres, les sols et les produits bois,
- un rôle de puits : quand elles grandissent, elles absorbent plus de carbone qu'elles n'en émettent,
- un rôle de substitution : utiliser du bois à la place de l'acier, du béton ou des énergies fossiles réduit les émissions de gaz à effet de serre (GES).
Ces trois rôles sont interconnectés : une action sur l'un peut avoir des effets sur les autres, ce qui impose une approche globale de la gestion forestière.
Augmenter les prélèvements en forêt : un impact sur le puits forestier
Couper plus d'arbres réduit mécaniquement le puits forestier, c'est-à-dire la capacité de la forêt à absorber plus de carbone qu'elle n'en émet.
Deux études scientifiques menées à l'échelle nationale montrent qu'une augmentation des prélèvements, même en restant en deçà de l'accroissement biologique des forêts, réduirait significativement ce puits à l'horizon 2050.
Cet impact dépend :
- du niveau de prélèvement,
- des pratiques sylvicoles mises en œuvre,
- de la résilience des forêts face au changement climatique, notamment face aux sécheresses, maladies et incendies.
Une neutralité carbone à nuancer
Le bois énergie est souvent présenté comme neutre en carbone : les émissions de CO2 générées lors de la combustion sont considérées comme nulles, car les arbres les ont captées pendant leur croissance. Ce calcul ne tient pas compte des émissions biogéniques, c’est-à-dire le CO2 réellement émis lors de la combustion, ni du temps de retour carbone, ce délai avant que les bénéfices climatiques compensent les émissions immédiates. Celui-ci peut aller de 10 à plus de 50 ans selon les pratiques sylvicoles et le type de massif forestier.
Les études de l'ADEME sur différents scénarios sylvicoles montrent une grande variabilité du bilan entre émissions et captation de gaz à effet de serre (GES). Pour les forêts existantes, le bilan se dégrade à court terme (30 ans) avant de s'améliorer à long terme (100 ans). Pour les plantations sur terres agricoles abandonnées, il est au contraire très favorable dès le court terme. Dans la grande majorité des cas étudiés, le bois énergie reste meilleur pour le climat que les énergies fossiles, avec des bénéfices très dépendants du contexte forestier et des pratiques de gestion.
Les recommandations de l'ADEME pour améliorer le bilan carbone
Le bois énergie est une énergie renouvelable indispensable à la transition énergétique de la France. Pour optimiser sa contribution à l’atténuation du changement climatique, l’ADEME identifie deux priorités.
La première : utiliser le bois dans des matériaux à longue durée de vie (charpente, menuiserie, ameublement) plutôt que pour produire de l'énergie. Ces usages stockent le carbone pendant des décennies et remplacent des matériaux plus émetteurs, comme l'acier ou le béton.
La seconde, choisir les bonnes sources pour le bois énergie et prioriser :
- le bois qui aurait dans tous les cas été coupé : résidus de récolte du bois d'œuvre, élimination des arbres malades,
- le bois issu de coupes favorisant la production de bois d'œuvre : arbres de faible diamètre,
- le bois issu de nouveaux boisements sur terres agricoles abandonnées ou friches urbaines.
Certaines pratiques sont à éviter : brûler du bois qui aurait pu servir à la construction, récolter les souches ou remplacer des forêts anciennes par des plantations d'une seule essence, car ces pratiques dégradent le puits forestier et le bilan carbone.
Du côté des chaufferies collectives et industrielles, il s’agit surtout de diversifier les sources d'approvisionnement pour réduire la pression sur la forêt.
Bois énergie et changement climatique : scénarios et bonnes pratiques
Le temps de retour carbone et le choix des pratiques sylvicoles déterminent si le bois énergie contribue réellement à atténuer le changement climatique. Cet avis d'experts de l'ADEME « Forêt, bois énergie et changement climatique » détaille différents scénarios, les pratiques à privilégier et celles à éviter, afin d’éclairer les décisions publiques et les stratégies de gestion forestière.