Du foyer individuel aux chaufferies collectives : comprendre les enjeux du bois énergie
Le bois, première énergie renouvelable pour la chaleur en France
Le bois énergie couvre 66 % de la chaleur renouvelable produite en France. Sept millions de foyers se chauffent au bois. Il est également largement utilisé pour des chaufferies collectives et des sites industriels.
Le bois énergie est une énergie dite renouvelable qui valorise des ressources locales. Il contribue à :
- l’indépendance énergétique de la France,
- l’amélioration de sa balance commerciale via la baisse des importations d’énergies fossiles (gaz, par exemple),
- la création d’emplois non facilement délocalisables, sur tout le territoire.
Afin de poursuivre la décarbonation du mix énergétique, les politiques publiques ont fixé des objectifs ambitieux de développement de la production de chaleur à partir de bois, dans un cadre qui doit rester compatible avec la préservation des forêts et de la qualité de l’air.
Bois énergie et bois matériau : des usages à hiérarchiser
Bien que renouvelable, la ressource bois est limitée. Une priorité doit être donnée aux usages matériaux à longue durée de vie, charpente, menuiserie, meubles, qui stockent du carbone et substituent des produits non renouvelables.
Le bois énergie s'inscrit en complémentarité de ces usages : plus de la moitié de la récolte dédiée à l'énergie provient des co-produits de la sylviculture ou des résidus de transformation du bois d'œuvre. En valorisant ces résidus, le bois énergie participe à l'équilibre économique de la filière bois, sans concurrencer les usages matériaux lorsqu’il est mobilisé dans ce cadre.
Neutralité carbone : une idée reçue à dépasser
Le bois énergie est souvent présenté comme neutre en carbone : les émissions de CO2 générées lors de la combustion sont considérées comme nulles, car captées auparavant par la croissance des arbres. Ce calcul ne prend pas en compte le délai entre les émissions immédiates et le temps long de pousse des arbres. La capacité de la forêt française à absorber le CO2 (le puits de carbone forestier) a été divisée par deux en dix ans, sous l'effet du changement climatique : croissance plus faible, mortalité plus élevée due aux ravageurs, sécheresses et incendies.
L’avis rappelle ainsi que le bilan carbone du bois énergie dépend fortement du contexte forestier, des pratiques sylvicoles et du temps de retour carbone.
Forêt et climat : des équilibres fragiles à préserver
Au-delà du bilan carbone, les pratiques de prélèvement en forêt ont un impact direct sur la qualité des sols et la biodiversité. La mécanisation des chantiers et le prélèvement de certaines parties de l'arbre, feuillage, branches, souches, riches en nutriments, peuvent, par exemple, dégrader les sols forestiers. Les coupes rases, qui consistent à abattre l'ensemble des arbres d'une parcelle, sont encadrées et représentent 1 à 2 % de la surface coupée chaque année. Elles doivent rester limitées pour préserver les écosystèmes. L'ADEME accompagne la filière dans l'adoption de pratiques de récolte préservant la qualité des sols et des écosystèmes forestiers, afin de limiter les impacts sur les fonctions écologiques des forêts.
Qualité de l'air : un enjeu partagé du particulier au professionnel
Le bois énergie représente 64 % des émissions annuelles de particules fines (PM2,5) en France, dont 98 % proviennent du chauffage domestique. Ces émissions ont diminué de 51 % depuis 1990. Pour poursuivre cette tendance, l'ADEME recommande de renforcer l'isolation des bâtiments, de remplacer les appareils anciens et les foyers ouverts, et d'éviter les nouvelles installations à bois bûche dans les zones couvertes par un Plan de protection de l'atmosphère (PPA) : même les appareils performants peuvent polluer en cas de mauvaises pratiques d'utilisation.
Cet avis « Le bois énergie » de l'ADEME analyse les atouts du bois énergie et met en lumière les conditions de son développement durable : pratiques forestières responsables, hiérarchisation des usages du bois et réduction de l'impact sur la qualité de l'air, dans une approche équilibrée entre besoins énergétiques et préservation des écosystèmes.