Plaquettes forestières : une filière stratégique
La plaquette, sous-produit du bois d'œuvre avant tout
Le bois énergie désigne le bois utilisé pour produire de la chaleur ou de l'électricité. Il se présente sous plusieurs formes : bûches, granulés, plaquettes. Parmi les plaquettes, la plaquette forestière est produite directement en forêt à partir des branches, houppiers et bois de faible diamètre, habituellement peu valorisés par les autres filières.
Contrairement à une idée reçue, la plaquette forestière ne résulte donc pas de coupes dédiées à l'énergie. 69 % des volumes sont des sous-produits de l'exploitation du bois d'œuvre destiné à la construction notamment.
La filière s'inscrit dans le principe d'utilisation en cascade de la biomasse, qui privilégie les usages matériaux avant les usages énergétiques, afin de préserver le puits de carbone et la valeur ajoutée des usages longs.
Près de 70 % des plaquettes proviennent d'arbres feuillus, à l'image de la forêt française.
Une production concentrée entre quelques acteurs majeurs
Trente-neuf entreprises représentent 79 % de la production nationale. Ces gros producteurs sont souvent exploitants forestiers ou filiales d'opérateurs énergétiques. À leurs côtés, une multitude de petits producteurs contribuent à l’activité économique rurale, avec des capacités plus limitées face aux évolutions réglementaires.
De bonnes pratiques sylvicoles
Sur le terrain, les bonnes pratiques semblent largement appliquées par les professionnels. Environ 60 % des menus bois, ces résidus d'exploitation de moins de 7 cm de diamètre, sont laissés au sol pour préserver la fertilité. Les cloisonnements, ces couloirs dédiés à la circulation des engins forestiers, limitent le tassement, et 85 % des entreprises forment leurs salariés aux enjeux de préservation des sols, y compris dans les plus petites structures, ce qui contribue à limiter les impacts sur les écosystèmes forestiers.
Une traçabilité à renforcer
Ces bonnes pratiques restent toutefois peu documentées dans les circuits d'approvisionnement. Les certifications volontaires PEFC et FSC assurent que le bois provient de forêts gérées durablement. La directive RED III impose des critères de durabilité à la biomasse utilisée par les chaufferies de plus de 7,5 MW, et le règlement RDUE, applicable fin 2026, obligera à tracer chaque lot de bois jusqu'à la parcelle d'origine pour prouver l'absence de déforestation. Ces dispositifs garantissent l'origine et des engagements de gestion, sans permettent l’accès au détail des pratiques ni une traçabilité de l’origine et des conditions de récolte des plaquettes forestières, ce qui limite aujourd’hui la transparence attendue par le public.
Face aux attentes sociétales croissantes et aux controverses récurrentes sur l'exploitation forestière, cette traçabilité est un enjeu de confiance pour toute la filière.
L'étude alerte en parallèle sur un risque de segmentation : les producteurs de faibles volumes, plus exposés aux nouveaux coûts réglementaires, pourraient se retrouver fragilisés.
Pour accompagner la filière, l’ADEME préconise de :
- renforcer le suivi des pratiques,
- valoriser les démarches de gestion durable,
- soutenir les petits producteurs face aux nouvelles exigences européennes, afin d’éviter une fragilisation de l’amont forestier.
Un état des lieux global pour prendre de la hauteur
Fondée sur une enquête nationale et des entretiens qualitatifs, l'étude « Récolte de bois énergie pour la production de plaquettes forestières en France » fait un état des lieux détaillé des pratiques de récolte, des circuits d’approvisionnement, des systèmes de traçabilité ainsi que des enjeux réglementaires sur la production de plaquettes forestières. Elle fournit également une analyse précise des accompagnements nécessaires à l’évolution de la filière, dans une logique de durabilité et de transparence accrue.