Évaluer l'efficacité réelle de l'ionisation pour la qualité de l'air intérieur
Une technique connue, des questions encore ouvertes
L’ionisation n’est pas une technologie nouvelle. Elle repose sur l’utilisation d’épurateurs d’air diffusant des ions dans l’air intérieur, capables d’interagir avec certains polluants en suspension, notamment les particules. Ses effets sur la qualité de l’air intérieur sont étudiés depuis les années 1970. Les émissions d’ozone et d’oxydes d’azote observées par le passé ont longtemps freiné son développement. Mais les progrès récents des fabricants, qui visaient à limiter ces émissions, ont relancé l’intérêt pour cette technique. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’étude EVOLUTION, avec un objectif clair : réexaminer le potentiel réel de l’ionisation dans des conditions représentatives d’environnements intérieurs réels.
Ce que mesure l’étude EVOLUTION
L’étude EVOLUTION, suivie et financée par l’ADEME dans le cadre du programme de recherche AQACIA, repose sur une approche holistique combinant mesures et modélisation. Elle évalue l’impact de trois ioniseurs représentatifs du marché européen, testés à la fois :
- en laboratoire (chambre d’essai ventilée) ;
- dans des situations réalistes (maison expérimentale EUREKA) ;
- et dans des situations réelles (logements, bureaux, salles de classe).
Les travaux menés à ces différentes échelles visent une compréhension globale de l’ionisation sur :
- l'efficacité à réduire les contaminants de l’air intérieur (particules fines, gaz, microbes) ;
- l'innocuité : l’ionisation ne doit entrainer aucune nuisance ;
- elle ne doit pas former d’autres pollutions gazeuses – ozone, oxydes d’azote, composés organiques volatiles - ni modifier le potentiel oxydant des particules ;
- la consommation d’énergie, en comparaison avec des épurateurs d’air par filtration.
Une étude pour situer l’ionisation parmi les solutions d’épuration de l’air
Les résultats montrent une efficacité mesurée mais variable, selon les modèles d’ioniseurs testés et leurs conditions d’usage. Les essais mettent en évidence des réductions de concentrations en particules respirables (PM10 et PM2,5) entre 10 % et 45 %, avec une efficacité pouvant être plus élevée pour les nanoparticules (dans la classe de taille 10-500 nm) et des effets plus marqués à proximité des appareils. Les ioniseurs testés n’émettent pas ou peu d’ozone et d’oxydes d’azote, ne génèrent pas de composés organiques volatils (COV) et n’augmentent pas le potentiel oxydant des particules en suspension dans l’air intérieur. En revanche, aucun effet sporicide ou virucide n’a été observé dans les conditions des essais. Les résultats montrent aussi que l’ionisation n’induit pas de risques de surexposition à des polluants produits au cours du fonctionnement des épurateurs testés, ni d’impact visible sur le potentiel intrinsèque oxydatif des particules en suspension dans l’air intérieur.
Que ce soit en termes d’amélioration de la qualité particulaire de l’air ou de l’efficience énergétique, les ioniseurs testés ne peuvent rivaliser avec les épurateurs intégrant un filtre mécanique de type HEPA. L’étude apporte donc des éléments objectivés pour apprécier les avantages comme les limites de l’épuration par ionisation. Elle permet aux professionnels et acteurs du bâtiment de mieux comprendre dans quels contextes cette technique peut avoir un intérêt, comment l’interpréter face à d’autres solutions, et d’éclairer leurs choix en matière de qualité de l’air intérieur sur la base de données mesurées.